Dessiner la peinture (2024)

Comment  traduire  par  le  dessin  ce  qui relève  du  pictural ? Telle est la question à laquelle le projet « Dessiner la peinture » tente de répondre. Il réunit un ensemble de pièces réalisées avec des outils simples : stylo à encre et crayon graphite sur papier. La plupart des dessins sont de petites dimensions, à l’échelle de la main, exécutés sur des formats A4 divisés en morceaux plus petits, ou au contraire juxtaposés pour former des surfaces plus grandes.

« Anatomie d’un tableau », 2024. Encre et graphite sur papier, 3 dessins de 10,5 x 15 cm. Collection privée

Ce triptyque décompose la peinture en ses éléments constitutifs : cadre, toile et châssis. Le premier dessin figure le cadre par un ensemble de carrés, le deuxième la trame de la toile par un réseau de lignes, le troisième l’entretoise par un enchevêtrement de croix.

« La peinture c’est… », 2024. Encre et graphite sur papier, 20 dessins de 15 x 10,5 cm. Collection privée.

Élaborées avec des motifs issus de l’observation du tableau dans sa matérialité (le carré du cadre, les lignes entrelacées de la trame de la toile, la croix du châssis), les compositions de la série « La peinture c’est » sont autant de définitions de la peinture inspirées par ceux, artistes et théoriciens, qui me l’ont fait aimer.

  • Marine
  • Paysage
  • Figure

« HxL: les formats de l’art », 2025. Encre et graphite sur papier, 3 dessins de 15 x 10,5 cm. Collection privée.

Frank Stella l’a montré avec sa série des Black Paintings, la hauteur et la largeur d’un tableau influencent sa composition. Les grilles des « marine », « paysage » et « figure » de cette série sont exclusivement composées de H (pour la hauteur) et de L (pour la largeur) accolés. Appliquées en alternance, ces deux lettres tracent une ligne qui traverse le format et en souligne les limites.

« Palette », 2025. Encre et graphite, 21 x 29,7 cm.

Les éléments d’ »Anatomie d’un tableau » sont ici transposés sur une palette : croix, carrés et lignes s’affichent comme les équivalents visuels de la couleur.

« Au seuil de la peinture », 2025. Encre et graphite sur papier, 8 dessins de 15 x 10,5 cm. Collection privée.

Cette série s’inspire de tableaux d’artistes italiens de la pré-Renaissance. Les œuvres choisies montrent des scènes d’intérieur entièrement ouvertes sur l’extérieur – une construction spatiale qui, pour le regard contemporain, crée un effet d’étrangeté et de distance. Pour cette raison, je n’ai dessiné que les murs situés entre le spectateur et les scènes représentées. Leurs ouvertures ouvrent maintenant sur le support.

« Différences et répétitions », 2025. Encre et graphite sur papier, 12 dessins de 7,4 x 10,5 cm.

Cette série reprend une composition de Giorgio Morandi réalisée en 1955. Comme l’artiste italien recouvrait ses objets de papier kraft, de blanc de Meudon ou de gaze avant de les peindre, j’applique des filtres sur son modèle : mes différentes grilles.

« Lignes de fuite », 2025. Encre et graphite sur papier, 2 dessins de 29,7 x 21 cm.

Ce diptyque met en relation deux types de grilles : l’une héritée de la perspective renaissante, l’autre issue de l’abstraction. J’y explore la continuité entre l’espace pictural ancien et la modernité italienne, qui n’a jamais cessé de dialoguer avec son propre passé.

« Fenêtres à l’italienne », 2025. Encre et graphite sur papier, 20 dessins de 14,8 x 10,5 cm.

Cette série rend hommage aux artistes italiens des années 1960 à 1975. Chaque dessin, conçu comme une carte postale adressée à l’un d’eux, prolonge leurs questionnements sur la peinture à l’ère des images sur écrans.

« Entre », 2025. Encre et graphite sur papier, 10,5 x 14,8 cm.

L’artiste et théoricien de l’art de la Renaissance, Leon Battista Alberti, a défini la peinture comme une fenêtre ouverte. La mienne, réalisée dans le prolongement des « Fenêtres à l’italienne », ouvre sur une peinture : un triptyque dont le panneau central et les deux volets latéraux évoquent la composition d’un retable, c’est-à-dire la peinture dans sa dimension historique.

« Triptyques », 2025. Encre et graphite sur papier, 14,8 x 21 cm.

Sur trois panneaux de proportions égales (le format standard du triptyque contemporain) je reprends la structure du triptyque religieux, composée d’un panneau central encadré de deux volets plus étroits, ici disposée en alternance comme un motif décoratif. Par ce geste, je souhaite souligner la dématérialisation du sacré dans la culture visuelle moderne, où c’est le tableau en tant que tel qui acquiert le statut d’icône.

« F », 2025. Encre et graphite sur papier, 14,8 x 10,5 cm. Collection privée.

Fontana fendait la toile pour rompre avec la représentation en révélant la matérialité du tableau comme dispositif. J’en ai dessiné la trame pour y figurer une coupure : la grille abstraite devient ici l’outil même de la représentation.

« Couleurs », 2025. Encre et graphite sur papier, 3 dessins de 21 x 29,7 cm.

Ce triptyque reprend les trois formes isolées dans « Palette » désormais déployées sous forme liquide.

« Grazie per l’H », 2025. Encre et graphite sur papier, 2 dessins de 21 x 14,8 cm.

Le chevalet français standard fait penser à la lettre A. En comparaison, les nombreux chevalets utilisés par Giulio Paolini dans ses installations m’évoquent la forme d’un H. Répétée et agencée en réseau, cette lettre structure les dessins de ce diptyque.

« T.E.L.E », 2025. Encre et graphite sur papier, 4 dessins de 21 x 14,8 cm.

Poursuivant la recherche entamée avec « Grazie per l’H » sur la possibilité de grilles constituées de lettres, « T.E.L.E » présente quatre toiles de formats différents dont les trames sont formées des lettres T, E, L et E. Le mot italien tele (toiles) nomme ici ce que l’œuvre figure.

« Reticolo di FILI », 2025. Encre et graphite sur papier, 10,5 x 14,8 cm. Fonds Archive Station

Cette carte, adressée à Alighiero Boetti (1940-1994), l’un des pionniers du Mail Art, rend hommage à ses toiles mêlant textile et lettre. La grille du dessin est composée d’un seul mot : FILI – « fils » en italien – répété sans intervalle. Alignées en lignes denses, ces lettres forment un maillage serré, évoquant un tissu. Mais ici, ce ne sont pas des représentations de fils : ce sont les mots FILI eux-mêmes qui tissent l’image. Après le langage fragmenté de « T.E.L.E », « Reticolo di FILI » marque le passage vers une parole articulée.